
Leviathan
« The State of Fear »
Il y a des séries qui naissent dune émotion, dune lumière qui dessine et découpe lespace, dune vibration dans lair, de la magie dun instant et puis, il y a des rencontres.La série Léviathan est née comme ça.
Une rencontre, un échange avec un visiteur de ma Galerie un soir de septembre 2009*, avec une de mes photos comme point de départ. « Vous savez que vous avez représenté le Léviathan !? »
Sen suivra une longue discussion sur limagerie liée à ce monstre marin évoqué dans la Bible et qui donna son nom au traité philosophique de Thomas Hobbes au XVIIe siècle décrivant un monde que n'aurait pas renié, et pour cause, l'économiste moderne Milton Friedman, j'y reviendrai.Le Léviathan
Un monstre colossal, tout à la fois dragon, serpent ou crocodile, sans forme clairement décrite mais toujours évocateur de cataclysme, dun chaos sous tendu à même danéantir le monde.De fait, si lHomme aime se faire peur. Il aime tout autant juguler ses peurs. Fermer, et quel qu'en soit le prix, la porte du placard où le monstre guette, tapis dans lombre
Il y a la peur du noir, la peur de lindicible chère à la littérature, de Poe à Lovecraft en passant par Stephen King, la peur cinématographique et ses litres dhémoglobine, et toutes nos peurs modernes, de la grippe H1N1, en passant par le réchauffement climatique, la banlieue, le terrorisme, la guerre, l'oppression la crise économique, la peur de lautre... Toutes ces peurs du quotidien que les pouvoirs économiques, politiques et médiatiques nous communiquent, amplifient et contre lesquelles on est prêt, de notre propre gré, à sacrifier beaucoup pour retrouver l'illusion d'un paradis perdu
Un traumatisme collectif, une crise économique, une guerre, un coup d'état, une catastrophe naturelle, une attaque terroriste nous plongent en état de choc.
Après ce traumatisme nous redevenons comme des enfants, plus enclins à suivre les leaders qui prétendent nous protéger. S'il est un de nos contemporains à avoir compris très tôt ce phénomène cynique et opportuniste, c'est justement Milton Friedman.
Prix Nobel d'économie en 1976. Friedman, héraut de l'ultralibéralisme, conseilla aux politiques d'alors d'imposer immédiatement après une crise des réformes économiques douloureuses (dérégulation, privatisations, ouverture des marchés..) avant que les gens n'aient eu le temps de se ressaisir...
Par peur du monstre on est tout disposé à accoucher dun monstre
Ou parce qu'on perd tout repère on se le fait imposer sans que nous ne disions rien... Ou si peu...
A travers cette série symbolique, comme une allégorie, jai voulu partir à mon tour en quête du Léviathan, lui qui sait si bien avancer masqué, se dissimuler sous de trompeuses apparences....
Au moins lapercevoir Comprendre peut être .
Je lai vu.
Je lai suivi sur nos côtes à la tombée du jour, jai pu saisir ses multiples aspects, découvrir ses compagnons aux répugnantes carapaces qui accompagnent sa sortie de leau, jai pénétré à sa suite dans son univers étrange, irréel et fantomatique où naissent les rêves et les cauchemars
Et maintenant, je saisLorsquon veut voir le Monstre, vraiment, on le découvre toujours, car il a toujours été là de toute éternité... dans la forêt trop sombre, dans le placard entrouvert, dans les remous de leau et jusque dans notre miroir
* Merci à MB, pour avoir su voir le Léviathan et mavoir « soufflé » cette quête qui ma emmené plus loin que je ne laurais imaginé.Bruno Mercier octobre 2009 et janvier 201
Les tirages de cette exposition sont uniquement disponibles en série limitée, giclee pigmentaire, platine palladium et argentique baryté
(limited edition)
© Bruno MERCIER 2006-2012
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